Bonjour monsieur Charest. Bonjour madame Courchesne. J’ai entendu parler d’une certaine loi spéciale ; numéro 78… Oui, simplement pour vous dire que la gestion radicale et extrémiste de votre parti libéral engendre aujourd’hui un nouveau début. Un nouveau conflit idéologique concernant la liberté d’expression vient de commencer. C’est désormais une grève dénonçant l’encagement des droits du peuple que vous cherchez à opprimer. C’est une guerre moderne contre la gérance corrompue de votre gouvernement. Les manifestations, les vraies, les encore plus importantes commencent ce soir. Et demain. Et jusqu’à ce que vous briserez nos jambes. Mais nous crierons encore.
Victoriaville 2012 (1) 05-05-12
Rassemblement contre la politique de Monsieur Charest ; protégé (excessivement).
Bien sûr que j’y suis allé. Jour décisionnel. Le peuple a parlé… Moi aussi! Je me sentais important derrière la petite boîte cartonnée. Ça oui. Dans le journal, ce matin, j’ai pu lire « 8252 votes pour Viviane Barbot » ; le petit deux, c’est moi! Oui, oui.
Elle a perdu. Moi aussi ça veut dire?
Je ne comprends rien à la politique. Encore moins à la démocratie. Le choix que je pense le plus raisonnable n’est jamais le bon si ce même choix n’est pas élu en majorité?
Mais pourquoi! Pourquoi! « Ton vote est important », oui, seulement si tu es LE chiffre qui fait la différence… Ce qui n’est jamais le cas.
Le proportionnalité semble tellement plus Normal? Sinon, par respect, n’appelons pas ça de la démocratie?
J’ai mal au cœur! Rien d’explicite ne semble se détacher de cet écrit. Je ne comprends pas. Tout simplement?
Moi je pense que c’est une bonne raison pour dire que la démocratie, celle-là, de 2011, au Canada, c’est vraiment que de la merde.
Proportionnellement parlant ( donc de façon représentative) le Canada pleure, rage et n’a pas envi de retourner voter si c’est comme ça que « ça doit se passer ».
Aussitôt, elle sort de l’automobile! Mon plan a fonctionné : pour me faire remarquer, j’avais coincé la moteur à plus de 120 km/h pour dépasser cette jeune blonde. Coup de maître, elle est maintenant en train de me tirer par le bras, de m’agripper bestialement le cuir chevelu. Elle veut me dominer ; je me laisse faire. Elle m’accote contre le mur, mon torse s’égratigne au béton. J’aime avoir mal dans ces situations.
Je ne peux plus bouger, la femme me contrôle outrageusement. Quel bonheur. Des mains puissantes vernies de turquoise. J’ai l’impression que les dizaines de voitures circulant sur l’autoroute ne la refroidisse pas. Elle veut passer à l’acte maintenant. Joyeux festin à tous ces voyeurs qui tourneront le cou. Tigresse.
Elle me met les menottes. Elle me fouille. Non je n’ai ni condom, ni fusil, ni drogue.
« Vous êtes en état d’arrestation. Délit de fuite, vitesse excessive et danger public ; ce seront les chefs portés contre vous. »
Elle le tromperait si je daignais participer à son petit jeu. Un demi-siècle d’intérêt à mon égard. Belle? Laide? C’est sans importance : l’égo est flatté. Son homme regarde les bourgeons murir, les yeux plissés par les rayons du soleil. Il contemple le parc pendant que sa femme contemple la jeunesse. Son homme ferme les yeux laissant le vent faire frémir les pores de sa peau usée. Elle, repose son regard noisette s’imaginant probablement s’abandonner à moi.
Je pourrais briser 25 années de mariage. Puissante santé.
Couché comme une chienne qui vient d’accoucher. Elle se réveille ; candide matin. L’aube. Une tuque grise en coton, trois chandails empilés autour de ce petit corps. Elle me regarde ; c’est elle qui fixe mon regard. Je la regarde comme je vénère un café le matin. L’aube. Pas plus que cinq heures du matin. Près de ses chaussures dénaturées de couleurs, un bol. Un bol et quelques pièces de monnaie. Elle ma regarde, elle a probablement encore la bouche pâteuse. Elle lèche ses lèvres. Enfin! Elle veut de mon corps. Ses yeux regardent ailleurs maintenant, comme un chat qui se fait flatter. Ses jeans troués par la vie me donne envi de lui voler tout ce qui lui reste sur le corps.
Je cherche dans mes poches. Je prends une pièce de 25 sous. Je la balance vers le bol. La pièce tombe à côté de sa fesse. Je suis déjà parti.
La journée sera belle. Et la dose de féminité est déjà ingurgitée.
Fuck! Personne de m’accompagne dans le wagon. Il est vide. Pas un son. Oui, ma mâchoire qui se disloque ; le destin d’un chewing gum. Tout ça pour dire que je suis laissé à moi-même. Je ne peux me figer à aucun regard. Pas une blonde. Pas une brune. Pas une vieille. Pas une jeune. C’est décadent. À travers une fenêtre, je peux observer le wagon qui me suit de près. Il y a quatre personnes.
Pourquoi suis-je donc isolé?!
Donnez-moi au moins un homme? Un homme laid!
Il manque de visages ici. Je peux être charmé par n’importe qui. Mais il me faut quelque chose à croquer.
Wagon arrêté à Laurier. Mon regard peut enfin savourer la silhouette d’une femme. Des joues percées par les années.
De la grâce et beaucoup de photoshop. Le regard qu’elle laisse échapper, il me revient. Je lis sur ses lèvres immobiles. Elle est là, au dessus de toutes ces voitures. Elle surplombe l’autoroute. Sur cette énorme affiche, elle n’a pensé qu’à moi lors de cette séance photo. Sa beauté fait la promotion d’un parfum. Elle a probablement accepté le contrat que pour que je la remarque.
Parce que je ne l’avais jamais aperçu avant.
Elle regarde comme une mannequin. Elle séduit comme une actrice. Elle montre son corps comme une putain. Elle me domine comme la femme. Comme la femme et l’autre.
Oui, bon, d’accord. Oui, j’ai mon billet. Oui, une dizaine de dollars en moins. Oui. Mais si vous aviez vu l’intimité qui s’est liée à nos regards. Oui, son col roulé de salope. Vous savez, être trop habillé pour mieux la déshabiller. La salope. Je vous jure. Elle a presque sorti la langue. Je suis certain qu’elle a un piercing. Quelque chose de sexuel. Quelque chose qui embrasse différemment. Cette femme, cette image qui me fait oublier que j’allais visionner le dernier film de Xavier Beauvois. Son cou, oui je parle de son cou sans me soucier du reste. C’est ce qui me vient à l’esprit. Sans tout le reste. Son cou, il est lisse. Saisi ; cuit à point, saignant. Elle est chaude, sur la braise ; elle me voulait. Elle s’est dit : «Il va au cinéma seul? Le bel homme? » Je ne voulais pas la traiter de salope. Oui, bon, d’accord ; seulement si elle ne m’accompagne pas dans la salle noire, au deuxième étage.
Mes images défilent, celles sur l’écran aussi. Ils filent à toute allure.
Le cinéma, elle y travaille que pour accomplir son désir de m’inventer l’amour entre deux bobines.
Page 1 sur 2